



Sophie Calle livre photo, À toi de faire, ma mignonne, revient sur un épisode survenu peu avant l’inauguration de son exposition au musée Picasso, à Paris. Un orage a endommagé la réserve de l’artiste. Des spores de moisissure se sont alors infiltrées dans sa série Les Aveugles, qui devait faire partie de l’exposition. Les restaurateurs ont recommandé de détruire les œuvres pour éviter tout risque de contamination. Sophie Calle a donc choisi de mettre en scène leur absence.
Pour l’artiste, cette décomposition faisait sens. Le projet évoquait la présence fantomatique de Picasso et devait se conclure sur sa propre fin. Pourtant, elle ne pouvait se résoudre à abandonner ces œuvres qui avaient tant compté dans sa vie. Elle s’est alors souvenue d’une idée de Roland Topor : enterrer un vieux chandail qu’il ne pouvait ni donner ni jeter.
Sophie Calle a imaginé une cérémonie funéraire dans les cryptoportiques d’Arles. L’année précédente, durant les Rencontres, l’humidité du lieu avait déjà endommagé des photographies exposées. Les champignons avaient alors eu raison des images. Un espace censé les protéger était ainsi devenu un lieu de destruction. Ce paradoxe prend une résonance particulière à Arles, ville qui joue un rôle majeur dans la préservation des images. L’artiste décide donc d’y ensevelir ses œuvres. Elles pourront ainsi achever leur décomposition, tandis que leurs mots, qui ne parlent que de beauté, s’enfonceront dans les soubassements de la ville.
En observant les dégâts, Sophie Calle constate que la moisissure a sélectionné ses victimes. Elle a touché des sujets déjà morts symboliquement : des tableaux reprenant les derniers mots de sa mère, des bouquets de fleurs séchées, des photographies de tombes ou encore l’image d’un matelas sur lequel un homme s’est immolé. L’artiste choisit alors d’offrir une seconde mort à ces œuvres agonisantes. Elle y associe aussi des objets personnels devenus inutiles, mais qu’elle ne peut ni donner ni jeter.
Depuis la fin des années 1970, l’œuvre de Sophie Calle fait l’objet de nombreuses expositions à travers le monde. Artiste conceptuelle, photographe, vidéaste ou encore détective, elle développe une pratique immédiatement reconnaissable. Elle associe le texte à la photographie pour construire une narration qui lui est propre. Ses travaux forment un vaste réseau d’échos et de références internes. Ils brouillent parfois les frontières entre l’intime et le public, la réalité et la fiction, l’art et la vie. Enfin, son travail met en scène une réalité sous-jacente, la sienne ou celle des autres, tout en laissant une place au hasard.
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| Poids | 0.550 kg |
|---|---|
| Dimensions | 12.5 × 18.7 × 2 cm |
| Titre : | Finir en beauté |
| Auteur : | Sophie Calle |
| Editions : | Actes Sud |
| Nombre de pages : | 80 pages |
| Date sortie | Septembre 2024 |
| ISBN : | 978-2-330-19362-1 |