Pour Arhant Shrestha, photographier c’est explorer l’invisible. Si le Népal a mené dès 2007 des réformes anti-discriminations et a reconnu en 2013 un troisième genre, l’homophobie demeure néanmoins parfois présente, et avec elle son corollaire, la violence.
Victime d’une agression homophobe, Arhant Shrestha conjure par l’image la peur de l’autre et du jugement. Il photographie ici, dans des mises en scène fictionnelles très posées, des membres de la communauté queer de Katmandou, qui offrent un contrepoint à des images prises sur le vif au flash de foules d’hommes ultra-virils lors de festivals traditionnels. Il questionne notre perception de la masculinité, notre rapport à l’apparence, à l’intimité et à l’altérité. Ses photographies nous immergent dans cette vie nocturne, où les identités se dévoilent, se floutent et se confrontent, et où les catégories de genre se font poreuses. Des scènes de tendresse se mêlent à d’autres où l’on se jauge et s’affronte. La lumière tout en clair-obscur trahit une violence latente et évoque le ténébrisme des toiles du Caravage : la lumière contraste fortement avec les zones d’ombre pour révéler les corps. Les cadrages serrés confèrent aux individus une forte présence physique – mains, visages, gestes et regards sont saisis dans l’instant du collectif. Des pages du journal intime d’Arhant Shrestha, écrites après son agression, rythment le fil des images et marquent les étapes de la réappropriation de son identité.
Cette série est accompagnée d’un entretien entre Arhant Shrestha et Coco Capitán – artiste et présidente du jury – avec Simon Baker, curator ; ainsi que d’un essai d’Alona Pardo, conservatrice et directrice de la Arts Council Collection, qui interroge les représentations des masculinités; et d’une nouvelle inédite de l’écrivaine britannique Deborah Levy, grande dramaturge des liens intimes et secrets, s’inspirant de cette série.









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