Photographe errant, il saisit des paysages énigmatiques peuplés au fil des pages d’apparitions fantomatiques. La puissance trouble et l’extrême fragilité suscitées par sa rencontre avec le boro transparaissent. La matière du noir et blanc des images, ponctuée de rares images aux couleurs sourdes, immerge le lecteur dans les faibles lumières de l’hiver japonais. Le sensible se fait texture : atmosphères humides, rivages et rues qui semblent battues par un vent invisible, vestiges de maisons ravagées par un tremblement de terre, dunes où de fragiles silhouettes humaines se détachent parfois. Alain Willaume tisse un univers où l’incertitude prédomine. La nature est soumise à des forces souterraines, tout semble vaciller sous nos yeux.
Dans cet album relié à la suisse – pour une ouverture optimale –, la plupart des photographies sont reproduites en double page, offrant une déambulation filmique au lecteur. Alain Willaume y montre l’état éphémère des choses, mais aussi leur puissance d’émerveillement. Ses images se déploient tel un récit imaginaire scandé de secousses et de failles, elles révèlent un Japon crépusculaire, mais d’une profonde poésie. Un Japon sans soleil où les contours du réel s’estompent.